Kémi Séba : « Quand les oligarques tuent un président, ils tuent un pays »

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Le célèbre intellectuel et activiste panafricaniste franco-béninois Kémi Séba a décrypté l’assassinat du défunt président Jovenel Moïse. De son point de vue, Jovenel Moïse s’est fait manger par un système qui était trop fort pour lui. Non pas que Jovenel était un saint, Non pas qu’il était l’ennemi véritable mais il a sous-estimé la force du diable au lieu de revoir ses stratégies, nous a fait comprendre Kémi Séba. Chercher à punir les assassins de l’ex-président exige à faire le lien entre ceux que la Police nous présente et les oligarchies, a déclaré le panafricaniste qui a lui-même voulu la démission de Moïse après constat de son incapacité à faire tomber les monstres. Haïti doit se relever, Haïti doit combattre le vrai ennemi : Les oligarchies qui assurent le relais de l’occident au détriment des masses.

Kémi Séba a débuté son analyse en souhaitant condoléances à tous les haïtiens. L’assassinat du président Jovenel Moïse affecte tout le peuple, croit-il. « Même si Jovenel Moïse était très contesté, lorsqu’on tue un président, on tue un pays. », a-t-il déclaré.

Il a enchaîné en faisant ressortir la valeur d’Haïti comme symbole de résistance contre l’oppression occidentale et l’esclavagisme. À l’entendre, tous les noirs du monde entier, du plus foncé au plus clair, ont une dette éternelle envers Haïti. Haiti n’est pas un pays instable mais plutôt un pays déstabilisé par l’occident pour décourager les autres populations noires comme les martiniquais ou les guadeloupéens à tenir tête face à lui.

L’Occident retient Haïti déstabilisée et appauvrie pour dire aux peuples noirs que c’est la misère qui découle de la rébellion contre l’occident. Tout le monde le sait, Monsieur Séba est un anti-occidentaliste qui ne se présente plus mais pour saisir l’assassinat de Jovenel Moïse, il pointe du doigt les relais de l’occident au niveau national : Les oligarchies formées par la classe syro-libannaise et la classe « mulâtre-bourgeoise».

Kémi Séba qui semble bien comprendre la politique haïtienne nous dit qu’à la base Jovenel Moïse est un entrepreneur visionnaire qui pensait qu’il pouvait utiliser les terres haïtiennes pour nourrir le pays. Propulseur d’une production de banane, Michel Martelly est venu proposer à Jovenel d’être le candidat du PHTK. Jovenel Moïse accepte la tête pleine de fougues et d’idées toutefois ce faisant, il pactisait avec le diable. « Ce sont les oligarchies corrompues et prédatrices qui ont fait de lui le président, ce sont elles qui ont fourni le fauteuil à Jovenel Moïse. Ces oligarchies tiennent les politiciens dont les présidents dans le creux de leur main », avance Kémi Séba. 

Arrivé au pouvoir, Jovenel Moïse a dit vouloir lutter contre la corruption mais il y a un hic, il est entouré de corrompus, il a été financé par les corrompus. Les haïtiens qui se sont opposés à lui ont eu raison vu la contradiction. Les mouvements de Petrocaribe contre son pouvoir sont tout à fait légitimes. Il a dit vouloir lutter contre le système mais il est un fruit du système de ces oligarchies corrompues, reconnaît Séba qui croit justes les vraies oppositions contre Jovenel Moïse.

Dès lors que Moïse commence à se hisser dans cette voie dénonçant le système, ses actions politiques ont été parasitées de sorte que le peuple lui voit lui comme l’ennemi à abattre alors qu’il n’était qu’un bouc-émissaire du système que constituent les oligarchies formées par les syro-libanais et les classes « mulâtres bourgeoises ». Jovenel Moïse en s’attaquant à des tenants du système commence à provoquer son rejet car rappelle Kémi Séba, ce sont les oligarchies qui ont payé le fauteuil de Jovenel Moïse et ce sont donc elles qui doivent diriger réellement. Contesté d’une part parce qu’il était devenu inopérant et d’autre part en déséquilibre dans le rapport de force avec le système trop puissant, Jovenel Moïse aurait dû démissionner. Une démission stratégique consistant à reculer pour mieux sauter, a expliqué Kémi Séba.

Kémi Séba s’est arrêté sur la fausse opposition lui aussi manipulée par le système, utilisée par le système pour faire passer Jovenel Moïse comme le seul diable. À côté des hommes au pouvoir et des faux opposants, le système peut jouer sur un pion dangereux à savoir les gangs. « Jovenel Moïse dit au peuple, il veut combattre les gangs mais Haïti devient une gangocratie grâce au investissement des oligarchies dans les gangs et face à l’insécurité grandissante, le peuple devait absolument détester Jovenel Moïse qui n’était qu’un arbre cachant la forêt formée par les oligarques.

L’analyse de Kémi Séba s’est également portée sur les personnes que la Police Nationale d’Haïti présente comme responsables de l’assassinat du défunt président Jovenel Moïse. Si le docteur haïtien qui vivait en Floride Christian Emmanuel Sanon a été présenté comme l’un des cerveaux de l’assassinat, le panafricaniste estime que le puzzle sera complet quand le lien sera établi entre Sanon et les oligarchies.

Kémi Séba invite la jeunesse haïtienne à s’unir et à se mettre debout d’une part contre l’impérialisme des puissances étrangères et d’autre part contre les syro-libannais et les « mulâtres bourgeois » qui captent les richesses du pays en laissant la majorité au-dessous du seuil de la pauvreté. La plus grande violence, nous dit Séba, est la violence économique. Il revient aux haïtiens de faire ce combat unis, personne ne fera la lutte à leur place. Le panafricaniste n’est pas pessimiste. D’après lui, Haïti c’est la grandeur, c’est la dignité, c’est la résistance et donc Haïti se relèvera.

Unissons Nous

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