{"id":912,"date":"2020-06-12T23:19:50","date_gmt":"2020-06-12T23:19:50","guid":{"rendered":"http:\/\/unissonshaiti.com\/?p=912"},"modified":"2020-06-12T23:23:09","modified_gmt":"2020-06-12T23:23:09","slug":"mirlande-manigat-jovenel-moise-doit-partir-le-7-fevrier-2021-pour-la-raison-et-pour-la-loi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/unissonshaiti.com\/?p=912","title":{"rendered":"Mirlande MANIGAT : Jovenel Moise doit partir le 7 f\u00e9vrier 2021 ; Pour la raison et pour la loi"},"content":{"rendered":"<div style=\"margin-top: 0px; margin-bottom: 0px;\" class=\"sharethis-inline-share-buttons\" ><\/div>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai r\u00e9sist\u00e9 pendant longtemps, et non sans regret et une certaine amertume, aux sollicitations venues d\u2019horizons divers afin que je m\u2019exprime publiquement sur la question relative au terme du mandat du Pr\u00e9sident Jovenel Moise. Je remercie de leur appr\u00e9ciation et de leur confiance ceux qui, en majorit\u00e9, ont cru opportun et de manier des propos flatteurs , mais je comprends leur curiosit\u00e9 interrogative et leur impatience quant \u00e0 un silence qui n\u2019\u00e9tait pas une forme de coquetterie intellectuelle dont je n\u2019ai pas besoin, encore moins une indiff\u00e9rence car si je n\u2019ai pas pris part aux d\u00e9bats qui ont cours je ne sauris en tant que patriote cons\u00e9quente, me tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart d\u2019une question qui engage l\u2019avenir de mon pays et risque, \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance, de le plonger dans une crise mortif\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai donc d\u00e9cid\u00e9 de faire connaitre mon opinion non sur ce qu\u2019il y a lieu de proposer et de faire, mais de m\u2019\u00e9carter du pi\u00e8ge manich\u00e9en dans lequel on peut facilement tomber et qui peut se r\u00e9sumer en une \u00e9quation simpliste, car l\u2019alternative s\u2019\u00e9tale entre deux dates qui qualifient et engagent les opinions. Se prononcer pour le 7f\u00e9vrier 2022, \u00e9quivaudrait \u00e0 accorder un blanc seing au pouvoir actuel et \u00e0 une partie de la communaut\u00e9 internationale qui s\u2019est prononc\u00e9e. Choisir le 7 f\u00e9vrier 2021, signifierait que l\u2019on se range du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019opposition dite d\u00e9mocratique alli\u00e9e \u00e0 d\u2019autres secteurs qui n\u2019en font pas partie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je refuse de me laisser enfermer dans ce raisonnement binaire et irr\u00e9futable, de plus inacceptable pour l\u2019id\u00e9e que je me fais de la controverse constructive. J\u2019ai pass\u00e9 beaucoup de temps -car les menaces r\u00e9elles de l\u2019extension du virus m\u2019ont accord\u00e9 l\u2019avantage de g\u00e9rer mon horaire- \u00e0 creuser ce th\u00e8me, relire mes anciens \u00e9crits et en accumuler d\u2019autres pour une saisie convaincante du Droit Constitutionnel haitien en laissant de c\u00f4t\u00e9 les options personnelles. Mes habitudes de recherche intellectuelle m\u2019ont tout naturellement guid\u00e9e d\u2019abord vers la r\u00e9vision des richesses offertes par notre patrimoine normatif et il m\u2019a paru indispensable de consulter, une fois de plus, le r\u00e9citatif de nos Constitutions, surtout les pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e0 l\u2019actuelle, et retenir ce qu\u2019elles avaient prescrit en ce qui concerne le mandat pr\u00e9sidentiel, les applications et les cons\u00e9quences qui en ont d\u00e9coul\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9tait aussi gratifiant de prendre l\u2019avis de personnes comp\u00e9tentes, oralement ou par \u00e9crit, mais aussi celui de l\u2019opinion publique qui s\u2019exprime, souvent na\u00efvement et mal \u00e0 propos, mais qui traduit le sentiment profond des citoyens. Cette qu\u00eate multiforme m\u2019a permis de forger non une opinion mais des analyses que j\u2019esp\u00e8re utiles. C\u2019est avec esp\u00e9rance, honn\u00eatet\u00e9 et engagement que je les soumets \u00e0 l\u2019attention du public.<br>Je commence par mettre en cause, je dirais m\u00eame en accusation notre Constitution de 1987 qu\u2019il convient de saisir comme un tout, c\u2019est \u00e0 dire en harmonie conceptuelle entre toutes ses dispositions Elle nourrit les deux p\u00f4les de cet antagonisme de dates, car la saisie isol\u00e9e de l\u2019Article 134-2 permet de justifier les deux options, et ceci est n\u00e9faste pour l\u2019orthodoxie juridique, d\u2019autant plus dommageable que la plupart du temps, on le brandit isol\u00e9ment en n\u00e9gligeant non seulement les premi\u00e8res subdivisions de l\u2019Article fondateur, mais aussi la version cr\u00e9ole de la prescription et d\u2019autres articles du m\u00eame corps, par exemple, le 284-2 qui se rapporte au chronogramme de l\u2019amendement intervenu en 2012, et aussi le 149 amend\u00e9 qui introduit des variantes dans l\u2019\u00e9tablissement du calcul du temps. Car on se trouve en pr\u00e9sence de deux temps qui ne concordent pas, le temps constitutionnel qui doit respecter scrupuleusement les prescriptions qui ordonnent les d\u00e9cisions et les prises de position, et le temps politique qui est mall\u00e9able et changeant au gr\u00e9 des int\u00e9r\u00eats des dirigeants. C\u2019est ce qui fait la diff\u00e9rence entre les exigences de l\u2019\u00e9tat de droit et l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 de la raison d\u2019\u00e9tat qui peut permettre aussi bien une d\u00e9cision opportune m\u00eame si elle n\u2019est pas totalement conforme aux r\u00e8gles et toute sorte de turpitude. Mais s\u2019agissant des d\u00e9lais, du calcul de consonance avec le Droit imp\u00e9rial comme expression de l\u2019orthodoxie juridique, la Constitution de 1987 et pr\u00e9cis\u00e9ment sur la question en d\u00e9bat, elle a tour \u00e0 tour \u00e9voqu\u00e9 le Pr\u00e9sident de R\u00e9publique, ainsi le destin d\u2019un citoyen, ou l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, c\u2019est-\u00e0-dire une fonction anonyme. En outre, l\u2019adverbe de temps imm\u00e9diatement ouvre la voie \u00e0 de multiples applications, \u00e0 charge de le compl\u00e9ter par une date pr\u00e9cise. Pour rester dans le domaine de l\u2019interpr\u00e9tation juridique, on peut se demander que signifie la mention suivant la date des \u00e9lections (Article 134-1) soit conform\u00e9ment \u00e0 ou ce qui suit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certes, le Droit a sa propre grammaire mais celle-ci doit \u00eatre pr\u00e9cise, d\u00e9nu\u00e9e d\u2019ambig\u00fcit\u00e9. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la Constitution statue fondamentalement sur un \u00e9v\u00e8nement imparable, les \u00e9lections, et ne tient absolument pas compte d\u2019autres faits qui l\u2019accompagnent en amont (la campagne \u00e9lectorale) et a posteriori \u00e0 savoir la proclamation des r\u00e9sultats et l\u2019installation du vainqueur qu\u2019elle \u00e9voque par l\u2019expression il entre en fonction le 7 f\u00e9vrier (Article 134-2, 2\u00e8me paragraphe). Enfin, la localisation de ce 7 f\u00e9vrier dans le calendrier annuel subit des contorsions par la mention est cens\u00e9 avoir commenc\u00e9 l\u2019ann\u00e9e de l\u2019\u00e9lection.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or, reprenant le chronogramme des derni\u00e8res ann\u00e9es, on sait que des \u00e9lections, comme annonc\u00e9es, se sont d\u00e9roul\u00e9es en novembre 2015, puis elles ont \u00e9t\u00e9 annul\u00e9es \u00e0 cause des d\u00e9nonciations de fraude par tous les participants sauf ceux du parti au pouvoir. Or, l\u2019annulation d\u2019un \u00e9v\u00e8nement n\u2019affecte pas sa nature, sa r\u00e9alit\u00e9 ni ses cons\u00e9quences. En termes \u00e9conomiques, elle pourrait passer par profit et perte, deux effets oppos\u00e9s mais comptabilis\u00e9s et conduire \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation des modalit\u00e9s.<br>Les \u00e9lections ont \u00e9t\u00e9 reprises en 2016.Il s\u2019est agi d\u2019une continuation et non de l\u2019initiation d\u2019une nouvelle donne. Entretemps, il faut rappeler que l\u2019Organisation des Etats Am\u00e9ricains avait refus\u00e9 de reconnaitre cette annulation et annonc\u00e9 qu\u2019elle ne financerait pas de nouvelles \u00e9lections. Le fait que le vainqueur n\u2019a pr\u00eat\u00e9 serment que le 7 f\u00e9vrier 2017 n\u2019introduit pas un d\u00e9calage juridique avec les \u00e9lections, sinon une inconvenance protocolaire. Juridiquement donc, conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution, le d\u00e9but du mandat de Jovenel Moise a commenc\u00e9 le 7 f\u00e9vrier 2016 et se termine cinq ans plus tard, le 7 f\u00e9vrier 2021. Le temps constitutionnel s\u2019impose donc pour identifier les \u00e9lections; la prestation de serment aurait pu se faire n\u2019importe quand et elle n\u2019affecte pas le terme de l\u2019occupation, qui est une donn\u00e9e constitutionnelle, mais le d\u00e9but conjoncturel du mandat qui est de nature politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il a paru significatif et utile de remonter le temps et de voir comment les Constitutions ant\u00e9rieures et les acteurs politiques avaient envisag\u00e9 de r\u00e9soudre ce conflit entre le temps constitutionnel et le temps politique. De 1804 \u00e0 1843, le probl\u00e8me ne s\u2019\u00e9tait pas pos\u00e9 car on avait eu, successivement une monarchie avec Dessalines et deux pr\u00e9sidences \u00e0 vie avec P\u00e9tion \u00e0 partir de 1816 et Boyer de 1818 \u00e0 1843.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Constitution de 1843 prescrit que le Pr\u00e9sident est \u00e9lu pour 4 ans. Il entre en fonction le 15 mai. Un Article Unique indique une disposition transitoire, avant que la pratique ne soit formellement inaugur\u00e9e en 1846 et maintenue depuis lors, en compl\u00e9mentarit\u00e9 ou en alternance avec les Dispositions G\u00e9n\u00e9rales pr\u00e9cise :<br>En conformit\u00e9 de l\u2019Article 104, le citoyen Charles Herard Ain\u00e9 (Rivi\u00e8re) ayant r\u00e9uni la majorit\u00e9 des suffrages, est proclam\u00e9 Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<br>Il entrera en charge imm\u00e9diatement , (30 d\u00e9cembre 1843) pour en sortir le 15 mai 1848.<br>Un exercice de simulation r\u00e9trospective aboutit \u00e0 cette conclusion : si Rivi\u00e8re H\u00e9rard \u00e9tait rest\u00e9 au pouvoir, en fait, il aurait eu un mandat de 4 ans, 4 mois et 15 jours.<br>En 1867, on retrouve d\u00e9calage similaire. La Constitution reprend les m\u00eames dispositions : dur\u00e9e du mandat de 4 ans, entr\u00e9e en fonction le 15 mai. La Constitution ratifie l\u2019\u00e9lection de Sylvain Salnave et un Article Unique pr\u00e9cise :<br>En conformit\u00e9 avec l\u2019Article 209 ci-dessus, le citoyen Sylvain Salnave ayant r\u00e9uni la majorit\u00e9 des suffrges prescrits par la Constitution, est proclam\u00e9 Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Il entrera en charge imm\u00e9diatement (14 juin 1867) pour en sortir le 15 mai 1871.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u2019il \u00e9tait rest\u00e9 au pouvoir, Salnave aurait eu un mandat de 3 ans et 11 mois, C&rsquo;est-\u00e0-dire moins que ce que la Constitution lui avait accord\u00e9.<br>De nouveau en 1879, l\u2019Article 101pr\u00e9cise que le Pr\u00e9sident est \u00e9lu pour 7 ans et qu\u2019il entre en fonction le 15 mai, mais de nouveau un Article Unique ins\u00e9r\u00e9 dans les Dispositions Transitoires bouscule le calendrier :<br>Le citoyen Louis Etienne F\u00e9licit\u00e9 Salomon, \u00e9lu le 23 octobre 1879 Pr\u00e9sident d\u2019Haiti, sortira de charge le 15 mai 1887.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En fait un mandat de 7 ans, 6 mois et 22 jours. Salomon avait d\u2019ailleurs essay\u00e9 de le prolonger en appliquant un amendement de l\u2019Article 101 pour lui permettre d\u2019etre r\u00e9\u00e9lu, mais il fut renvers\u00e9 le 10 aout 1888.<br>L Constitution de 1889 a repris le libell\u00e9 traditionnel. Elle indique que le Pr\u00e9sident est \u00e9lu pour 7 ans, mais, comme d\u2019habitude, un Article Unique stipule que :<br>Le citoyen Louis Mondestin Florvil Hyppolite ayant obtenu l\u2019unanimit\u00e9 des suffrages de l\u2019Assembl\u00e9e Constituante est proclam\u00e9 Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u2019Haiti. Il entrera en charge imm\u00e9diatement pour en sortir le 15 mai 1897.<br>S\u2019il n\u2019\u00e9tait pas mort en fonction, le 9 octobre 1896, il aurait eu un mandat de 7 ans, 7 mois et 6 jours, en fait plus que ce que prescrit la Constitution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut souligner trois points communs \u00e0 toutes ces Constitutions. Le premier se rapporte \u00e0 la fixation en termes calendaires de la fin du mandat. Cette m\u00eame pr\u00e9caution se retrouve dans les Chartes du 20\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 l\u2019exception de 1918. En 1932, l\u2019Article 76 indique que le mandat prend fin \u00e0 partir du 15 mai qui pr\u00e9c\u00e8de imm\u00e9diatement l\u2019\u00e9lection. En 1935, sous l\u2019influence d\u2019un Pr\u00e9sident autoritaire, Stenio Vincent, il est ins\u00e9r\u00e9 une mise en garde contre la tentation des r\u00e9\u00e9lections. La seconde particularit\u00e9 commune est la r\u00e9f\u00e9rence au 15 mai, une constance f\u00e9tichiste que l\u2019on retrouve dans le 7 f\u00e9vrier adopt\u00e9 depuis le d\u00e9part des Duvalier. Enfin, le renvoi \u00e0 l\u2019adverbe imm\u00e9diatement pour le d\u00e9but des mandats, une r\u00e9f\u00e9rence que l\u2019on retrouve dans la Constitution de 1987.<br>En application de ces dispositions, le pays a connu deux \u00e9pisodes particuli\u00e8rement d\u00e9stabilisateurs dans son histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re survint en 1902 et la toile de fond est la fin d\u2019un mandat pr\u00e9sidentiel. En effet, \u00e0 la mort brutle du Pr\u00e9sident Florvil Hyppolite le 24 mars 1896, l\u2019Assembl\u00e9e Nationale d\u00e9cida rapidement de combler le vide et elle \u00e9lit Tiresias Simon Sam comme Pr\u00e9sident. Le D\u00e9cret y relatif devait fixer la controverse qui surgir quelques ann\u00e9es plus tard quant au terme du mandat du nouveau Pr\u00e9sident :<br>Il entre en fonction imm\u00e9diatement et ses fonctions cessent le 15 du mois de mai 1903.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au regard de la Constitution de 1889, il est indiqu\u00e9 que les fonctions d\u2019un Pr\u00e9sident cessent le 15 mai lors m\u00eame que la 7\u00e8me ann\u00e9e de son exercice ne serait pas r\u00e9volue (Article 93). L\u2019affaire fut r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par un article paru le 9 juillet 1901 dans un journal, Le Signal, \u00e0 peine lanc\u00e9 au Cap, sous la plume de Raoul Deetjen qui pr\u00e9cisa qu\u2019\u00e9tant d\u00e9put\u00e9 en 1896, lui et ses coll\u00e8gues n\u2019avaient pas per\u00e7u la contradiction prospective entre deux dispositions. Selon les principes p\u00e9trifi\u00e9s dans le Droit Constitutionnel, la prescription constitutionnelle jouit d\u2019une pr\u00e9s\u00e9ance par rapport \u00e0 d\u2019autres actes juridiques lesquels doivent lui \u00eatre conformes. De ce fait, c\u2019est le D\u00e9cret de 1896 qui \u00e9tait entach\u00e9 d\u2019ill\u00e9galit\u00e9. Le d\u00e9bat d\u00e9passa rapidement les sph\u00e8res de d\u00e9cision, en particulier le Parlement directement interpell\u00e9, et enflamma l\u2019opinion publique \u00e0 travers les journaux et les conversations priv\u00e9es Pour couper court \u00e0 de possibles tumultes, Tiresias Simon Sam pr\u00e9para un communiqu\u00e9 qu\u2019il fit lire par le Ministre de l\u2019int\u00e9rieur Tancr\u00e8de Auguste, le 12 mai 1902 \u00e0 l\u2019ouverture de la premi\u00e8re session de la L\u00e9gislature :<br>Une question palpitante d\u2019int\u00e9r\u00eat et passionne, depuis quelques temps l\u2019opinion publique, \u00e0 savoir quelle est la date constitutionnelle de ma sortie. C\u2019est donc, Messieurs, pour me conformer \u00e0 la volont\u00e9 de la Constitution que j\u2019ai l\u2019honneur de vous notifier mon in\u00e9branlable r\u00e9solution de descendre du pouvoir le 15 de ce mois.<br>Cette question qui aurait pu, d\u00e8s lors, \u00eatre r\u00e9solue par le Parlement a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9tonateur de secousses combin\u00e9es qui ont abouti au renvoi des Chambres le 26 mai, l\u2019\u00e9branlement de l\u2019unit\u00e9 territoriale, \u00e0 l\u2019une des batailles \u00e9lectorales des plus acharn\u00e9es, au sabordage h\u00e9ro\u00efque de La cr\u00eate \u00e0 Pierrot par l\u2019Amiral Hammerton Killick, le 6 septembre, finalement \u00e0 la prise du pouvoir le 21 d\u00e9cembre 1902, par la force des armes et \u00e0 la suite d\u2019un vote de parlementaires t\u00e9tanis\u00e9s, du G\u00e9n\u00e9ral Nord Alexis face \u00e0 un citoyen contraint \u00e0 l\u2019exil qui avait pour lui le prestige, la comp\u00e9tence et l\u2019intelligence, Ant\u00e9nor Firmin. La malice populaire se plait \u00e0 chantonner que Tonton Nord, inculte, avait vaincu le lettr\u00e9 Firmin. Ce n\u2019est pas exact mais de tels raccourcis s\u2019incrustent dans la m\u00e9moire collective. Nord Alexis n\u2019\u00e9tait pas inculte et Firmin a pu lui-m\u00eame comprendre les motifs de ses \u00e9checs politiques par ses analyses concernant les al\u00e9as de la politique.<br>En 1956, une controverse de m\u00eame origine se produisit. Le G\u00e9n\u00e9ral Paul Eug\u00e8ne Magloire fut \u00e9lu au suffrage universel le 8 octobre 1950, pour 6 ans. Une premi\u00e8re dans l\u2019histoire du pays car jusque l\u00e0, ce privil\u00e8ge revenait \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale, c\u2019est-\u00e0-dire les deux Chambres. L\u2019Article A des Dispositions transitoires, en reconnaissant le fait de l\u2019\u00e9lection, ajoute qu\u2019il prendra ses fonctions le 6 d\u00e9cembre 1956 et que son mandat prendra fin le 15 mai 1957. Mais l\u2019Article 77 de la Constitution est formel : il entre en fonction le 15 mai de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dant son \u00e9lection, c\u2019est-\u00e0-dire le 15 mai 1950 et, de ce fait, il reste au pouvoir jusqu\u2019en 1956.<br>Une fois de plus, nous avions en pr\u00e9sence deux th\u00e8ses antagoniques, celle de la dur\u00e9e constitutionnelle et, dans ce cas, il aurait du quitter le pouvoir le 6 d\u00e9cembre, et celle des Dispositions Transitoires, dans ce cas il pouvait man\u0153uvrer pour rester jusqu\u2019au 15 mai 1957. Il a choisi la tangente p\u00e9rilleuse, rester aux commandes des Forces Arm\u00e9es, ce qui lui valut l\u2019hostilit\u00e9 de l\u2019Etat Major. Il dut abandonner le pouvoir le 12 d\u00e9cembre, et le pays dut affronter un cycle dramatique sous la forme de plusieurs Gouvernements provisoires, la retentissante bataille de l\u2019Article 81 de la Constitution relatif au Gouvernement Provisoire, la journ\u00e9e sanglante du 28 mai et, finalement, l\u2019arriv\u00e9e de Fran\u00e7ois Duvalier au pouvoir le 22 septembre.<br>Les constituants de 1986-87, comme les parlementaires qui ont concoct\u00e9 les amendements de 2010-2012, ne semblent pas avoir eu la curiosit\u00e9 de consulter les textes et les analyses des conjonctures pass\u00e9es qu\u2019elles ont engendr\u00e9es. Maintenant, il semble trop tard pour refaire ce qui a \u00e9t\u00e9 mal fait, mis il reste suffisamment de temps, \u00e0 l\u2019horloge du s\u00e9rieux et du patriotisme, pour envisager la tache \u00e0 accomplir au lendemain du 7 f\u00e9vrier 2021. Le pays besoin d\u2019un \u00e9nergique coup de balai pour le remettre sur le chemin du Droit Constitutionnel et de la l\u00e9galit\u00e9. Un probl\u00e8me fondamental revient \u00e0 d\u00e9cider non quelle serait la priorit\u00e9 mais quelle d\u00e9cision est prioritaire. A cause du passif qui s\u2019est accumul\u00e9, la premi\u00e8re initiative devrait privil\u00e9gier la question constitutionnelle. La proc\u00e9dure de l\u2019amendement n\u2019est plus de mise car la 50\u00e8me L\u00e9gislature s\u2019est install\u00e9e \u00e0 pas feutr\u00e9s, sans l\u2019agencement protocolaire et politique qui accompagne un tel passage. Seule une nouvelle Constitution pourrait permettre de repenser l\u2019Etat, ses institutions et ses responsabilit\u00e9s.<br>Beaucoup de citoyens \u00e9voquent avec nostalgie l\u2019efficacit\u00e9 d\u2019un Conseil Constitutionnel qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas pr\u00e9vu dans la Constitution de 1987 mais \u00e0 travers les 13 amendements y relatifs. Ces derniers embaument le Conseil Constitutionnel dont les parrains g\u00e9niteurs chacun de trois des neuf membres sont l\u2019Ex\u00e9cutif, le CSPJ et l\u2019Assembl\u00e9e Nationale qui demeure virtuelle car elle n\u2019est pas sortie des limbes des deux Chambres. D\u2019autres questions peuvent \u00eatre abord\u00e9es dans le cadre de discussions assez larges pour impliquer le plus grand nombre de citoyens, telles la lutte contre le virus, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, les diff\u00e9rents proc\u00e8s qui encombrent l\u2019agenda judiciaire. La question de la conf\u00e9rence nationale dont l\u2019agenda grossit \u00e0 travers les prises de position devrait intervenir comme une conclusion solennelle.<br>Ainsi, le passage de la date f\u00e9tiche du 7 f\u00e9vrier 2021 n\u2019est pas un moment banal car elle est charg\u00e9e de virtualit\u00e9s qui peuvent \u00eatre prometteuses pour l\u2019avenir ou encore tragiques. Il appartient aux citoyens soucieux de l\u2019avenir du pays de se conditionner pour l\u2019accueillir non avec des flambeaux encensoirs, mais avec le s\u00e9rieux que r\u00e9clame l\u2019avenir de notre pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mirlande MANIGAT<br>Constitutionnaliste<br>Professeure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Quisqueya<br>Pr\u00e9sidente d\u2019Honneur du RDNP<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai r\u00e9sist\u00e9 pendant longtemps, et non sans regret et une certaine amertume, aux sollicitations venues d\u2019horizons divers afin que je m\u2019exprime publiquement sur la question relative au terme du mandat du Pr\u00e9sident Jovenel Moise. 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